Peru

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Quinua, Peru, November 2015.  Three quarters of the active population produces or sells the town’s famous pottery (lots of very elaborate miniature churches). Les trois-quarts de la population active produisent ou vendent la célèbre poterie de cette bourgade (beaucoup d’églises miniatures très élaborées).

In the taxi colectivo returning to Ayacucho from this artisan town where we had exchanged ideas with three potters, Franco, a professor of ceramics then social sciences (1120 Soles/month, 330 Euros), commented on Sendero Luminoso: “Those were terrible years. The idea was good but not the methods. They started well, then…” He shifted to pottery: “We can give the clay the form we feel inside”.

Incidentally, the area had already been conflictive in the 19th century when the battle of Ayacucho (1824) successfully concluded the Peruvian War of Independence, including that of the rest of South America.

Dans le taxi collectif revenant à Ayacucho depuis cette ville artisanale où nous avions échangé des idées avec trois potiers, Franco, professeur de céramique puis de sciences sociales (1120 soles/mois, 330 Euros), a opiné sur le Sentier lumineux: «Ces années étaient terribles. L’idée était bonne mais pas les méthodes. Ils ont bien commencé, puis…» Puis il s’est tourné vers la poterie: «Nous pouvons donner à l’argile la forme que nous ressentons à l’intérieur de nous-mêmes».

Incidemment, la région avait déjà été conflictuelle au 19ème siècle lorsque la bataille d’Ayacucho (1824) a conclu avec succès la guerre d’indépendance du Pérou, y compris celle du reste de l’Amérique du Sud.

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Arequipa, Peru, November 2015. Monasterio de Santa Catalina.

An interesting town in the south of the country with the huge, labyrinthine, and colorful Monastery of Santa Catalina de Siena right in the middle of the town, the birthplace of famous writer and ex-presidential candidate Mario Vargas Llosa, and the place par excellence of the national dish ceviche – fresh (even though we are in the mountain, and over 100 km from the Pacific ocean) raw fish cured in citrus juices and spiced with hot peppers – which left my plumbing system incapacitated for several days.

While every restaurant and joint (lots of them) offered ceviche, it took me several bookstores (few of them) to find La civilización del espectáculo even though this was the hometown of its author, Mario Vargas Llosa.

The monastery looked very well off – there was a classical music concert the same evening, played by obviously children of the upper class. No wonder, founded in 1580 by a rich widow, it accepted only women from upper class Spanish families who paid a dowry of 2,400 silver coins, equivalent to about USD150,000 today… And it had at one point 450 residents, but two-thirds being servants…

Une ville intéressante dans le sud du pays avec l’immense monastère coloré et labyrinthique de Santa Catalina de Siena situé en plein cœur de la ville, lieu de naissance du célèbre écrivain et ancien candidat à la présidentielle, Mario Vargas Llosa, et le lieu par excellence du plat national ceviche – du poisson cru frais (même si nous sommes à la montagne et à plus de 100 km de l’océan Pacifique) mariné au jus d’agrumes et piments forts – ce qui a rendu ma plomberie inutilisable pendant plusieurs jours.

Bien que tous les (nombreux) restaurants et gargotes offraient du ceviche, il m’a fallu faire plusieurs (rares) librairies pour trouver La civilización del espectáculo, alors que c’est la ville natale de son auteur, Mario Vargas Llosa.

Le couvent semblait très aisé – le soir même, un concert de musique classique était joué par des enfants de classe manifestement supérieure. Pas étonnant, fondé en 1580 par une riche veuve, il n’acceptait que les femmes de familles espagnoles de la classe supérieure qui devaient verser une dot de 2.400 pièces d’argent, soit l’équivalent d’environ 150.000 dollars étatsuniens aujourd’hui … Et il y avait à un moment donné 450 résidents, mais les deux tiers étaient des serviteurs …

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Cusco, Peru, November 2015.

This shoemaker surely could not send his daughter to Arequipa’s Santa Catalina monastery, although its admission policy has changed and it is mostly dedicated to cultural events and tourism. Anyway, the same day we had our backpack repaired there were demonstrations by civil servants of the ministry of justice (!) in front of city hall for the usual grievances: insufficient salaries to survive on.

On our way to this shoemaker, a well off man got out of a taxi right in front of us, he knocked down the whole display of an Indian woman who was selling on the sidewalk, he did not even turn around, let alone apologize (needless to say), and she raised no protest.

Ce cordonnier ne pourrait sûrement pas envoyer sa fille au couvent de Santa Catalina à Arequipa, bien que les conditions d’admission de celui-ci se soient démocratisées et qu’il est maintenant surtout consacré aux événements culturels et au tourisme. Quoi qu’il en soit, le jour même où notre sac à dos a été réparé, des fonctionnaires du ministère de la Justice (!) manifestaient devant la mairie pour dénoncer les griefs habituels: des salaires insuffisants pour survivre.

En allant chez ce cordonnier un type cossu est sorti d’un taxi juste devant nous. Il a renversé tout l’étalage d’une Indienne qui vendait sur le trottoir. Il ne s’est même pas retourné, encore moins excusé (cela va sans dire!), et elle n’a élevé aucune protestation.

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Machu Picchu, Peru, November 2015. 6 a.m., before the crowds, only the lamas are there. 6h du matin, avant les foules, il n’y a que les lamas.

In Aguas Calientes, the too touristy village at the foot of Macchu Picchu, natives carried heavy burdens of bricks to the Inkaterra Macchu Picchu Pueblo Hotel, “a posh, village-style hotel set in 5 hectares of gardens” while we were observing birds above the small Rio Alcamayo. Of course I did not want to ask them what their salary was, let alone take a picture of them. But I know the price of the Belmond Ltd. (formerly Orient-Express Hotels Ltd), multinational owner of Peru Rail, for the one-way Cusco to Aguas Calientes, 3 hours by train: 475 dollars!! And the hotel which also belongs to them says that the average room costs 1,100 dollars … The monthly salary of a bus driver is 140 dollars, then I can imagine what earns a native who carries about fifty kilos on his shoulders … I would not be surprised if it was five dollars a day, like in Haiti. Already here in Greece, my Bulgarian friend Ilchov “earned” (before the so-called crisis) one euro per 50-kilo bag of flour he loaded on a truck.
[Http://www.worldsalaries.org/peru.shtml]

In short, we took a minivan to the hamlet of Santa Teresa (6 hours) and then walked for 2:30 along the railway that follows the Urubamba River to get to this village of Aguas Calientes. It only cost $ 10. The other advantage is that we had a beautiful walk (flat and without tunnel), around the base of Huayna Picchu, and were able to admire from another angle the mountain cradle of the famous Inca site.

A Aguas Calientes, le trop touristique village au pied du Macchu Picchu, des indigènes portaient de lourds fardeaux de briques à destination de l’Inkaterra Macchu Picchu Pueblo Hotel, “a posh, village-style hotel set in 5 hectares of gardens” pendant que nous observions des oiseaux au-dessus du petit Rio Alcamayo. Je n’ai évidemment ni voulu leur demander leur salaire, et encore moins les prendre en photo. Mais je connais le tarif de la Belmond Ltd (ex-Orient-Express Hotels Ltd), multinationale propriétaire de Peru Rail, pour l’aller-simple de Cusco à Aguas Calientes, soit 3 heures de train: 475 dollars, et l’hôtel qui leur appartient affiche lui-même que la moyenne d’une chambre coûte 1.100 dollars… Le salaire mensuel d’un chauffeur de bus est de 140 dollars, alors un indigène qui transporte une cinquantaine de kilos sur ses épaules… Cela ne m’étonnerait pas que ce soit cinq dollars la journée, comme en Haïti. Déjà ici en Grèce, mon ami bulgare Ilchov “gagnait” (avant la dite crise) un euro par sac de farine de 50 kilos embarqué sur un camion.
[http://www.worldsalaries.org/peru.shtml]

Bref, nous avons pris une minivan jusqu’au hameau de Santa Teresa (6 heures) et avons ensuite marché pendant 2h30 le long de la voie ferrée qui suit la rivière Urubamba pour arriver à ce village de Aguas Calientes. Cela n’a coûté que 10 dollars. L’autre avantage est que nous avons fait une belle promenade (à plat et sans tunnel) en contournant la base du Huayna Picchu et avons pu admirer sous un autre angle la montagne berceau du fameux site inca.

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Cusco, Peru, November 2015.  Quinceañera celebration in front of the Koricancha, the most important temple in the Inca Empire. Célébration des Quinze Ans devant le Koricancha, le temple le plus important de l’empire Inca.

These beautiful adolescent, smiling and happy, are posing for their Quinceañera when they are leaving childhood to enter womanhood, i.e. age to marry. Four days later, we witnessed another demonstration in this same city, by women holding various signs: “El 79% de las victimas de feminicidio tenia al menos un hijo con el homicida” (79% of victims of feminicide had at least one child with the murderer), “De cada 10 mujeres, 8 son victimas de violencia” (Of every 10 women, 8 are victims of violence), “No morimos, nos matan. No es un crimen pasional, es feminicidio” (We do not die, they kill us. It is not a crime of passion, it is feminicide). Thankfully there were many men present too.

Ces belles adolescentes, souriantes et joyeuses, posent pour leur Quinceañera quand elles quittent l’enfance pour entrer dans la vie de femme, c’est-à-dire avoir l’âge de se marier. Quatre jours plus tard, nous avons assisté à une autre manifestation dans cette même ville, organisée par des femmes portant des pancartes: «79% des victimes de féminicide avaient au moins un enfant avec le meurtrier”, “Sur 10 femmes, 8 sont victimes de violence”, “Nous ne mourons pas, ils nous tuent. Ce n’est pas un crime passionnel, c’est un féminicide”. Heureusement, il y avait aussi beaucoup d’hommes présents.

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Ayacucho, Peru, November 2015.

Times have changed here too, from the Maoist Sendero Luminoso who battled the government in the 1970s to 1990s – still very sporadically active in remote regions around Ayacucho – we have fully entered the digital age, complete with neoliberalism and individualism, as illustrated by this young executive having a lunch interrupted by the internet.

70,000 people died in that conflict, including by the military anti-communist Grupo Colina death squad under the presidency (1990-2000) of Alberto Fujimori who was later convicted to 25 years in prison for corruption and human rights violations. As everywhere, social and economic discrimination affects mostly the indigenous population, particularly of the Amazonian lowlands.

The Fujimori family arrived relatively late in Peru in 1934, for Chinese and Japanese had immigrated since the 1850s as laborers following the end of slavery, and now they are the largest population of Asians in Latin America after Brazil.

Les temps ont changé ici aussi. Du maoïste Sendero Luminoso qui a combattu le gouvernement dans les années 1970 aux années 1990 (il est toujours très sporadiquement actif dans les régions isolées d’Ayacucho) nous sommes pleinement entrés dans l’ère numérique, complétée par le néolibéralisme et l’individualisme illustrés par ce jeune cadre ayant un déjeuner interrompu par l’internet.

Quelque 70 000 personnes sont mortes dans ce conflit, notamment par l’escadron de la mort anti-communiste militaire Grupo Colina sous la présidence (1990-2000) d’Alberto Fujimori, qui a par la suite été condamné à 25 ans de prison pour corruption et violations des droits humains. Comme partout, la discrimination sociale et économique affecte principalement la population autochtone, en particulier celle des basses terres amazoniennes.

La famille Fujimori est arrivée relativement tard au Pérou en 1934, les Chinois et les Japonais ayant immigré depuis les années 1850 comme ouvriers après la fin de l’esclavage. Ils constituent désormais la plus grande population d’Asiatiques d’Amérique latine après le Brésil.

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Cusco, Peru, November 2015.  Indigenous visitors exiting the Museo Inka. Visiteurs indigènes sortant du Museo Inka.

“The claims of the Incas to originality were unjustified except from the political point of view. On the religious, social, artistic level, their work pales before that of their forerunners [especially the Moche and Nasca] that they looted without equaling them”.

Peruvian (and Bolivian) officials have a bad habit of prohibiting photography in state places, a great pity for the museums in both countries have great artifacts, and, here, Cusco’s cathedral was simply stunning, no wonder it took 100 years to build, starting in 1560. Nor do they have any book whatsoever (from either private or public source) on these. We have to make do with only fleeting memories.

“Les prétentions des Incas à l’originalité étaient injustifiées sauf du point de vue politique. Sur le plan religieux, social, artistique, leur oeuvre pâlit devant celle de leurs précurseurs [notamment les Moche et Nasca] qu’ils ont pillé sans les égaler”.
[L’Empire du Soleil, Evrard de Rouvre, Paris, 1957, p6]

Les autorités péruviennes (et boliviennes) ont la mauvaise habitude d’interdire la photographie dans les lieux publics, ce qui est bien dommage car les musées des deux pays ont des artefacts de grande qualité. Et ici, la cathédrale de Cusco était tout simplement magnifique. Pas étonnant qu’il ait fallu 100 ans pour l’édifier, à partir de 1560. Ils n’ont pas non plus de livre sur ceux-ci. Nous devons nous contenter de souvenirs éphémères.

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