Pakistan

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Khyber Pass, Pakistan, October 1994. An armed guard accompanies any foreigner going through this famous pass into Afghanistan. Un garde doit accompagner tout visiteur étranger dans ce défilé historique. Légende en français tout en bas.

“That day (having reached the Khyber Pass overland from Geneva), I really thought I held something and that my life was going to change. But nothing of that nature is acquired forever. As water, the world goes through us and for a while lends us color. Then it withdraws, and puts us back before that emptiness we have inside us, before that sort of central deficiency of the soul we have to learn to live with, to fight, and which, paradoxically, is maybe our surest engine. I took back my stamped passport, and left Afghanistan. It was hard. On both slopes of the pass the road was good. The days the eastern wind blows, way before the summit, the traveler receives by blasts the ripe and burned smell of the Indian continent …”  L’usage du monde, Nicolas Bouvier, 1963 (traveled in 1953-54).

A soldier accompanies any traveler venturing in the legendary pass which links the Indian Subcontinent to the West, facilitates all the follies of money and power, sorts the violence of any origin, impregnates the passer-by with the indelible mark of Citizen of the World.

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Koh-i-Dalil, Baluchistan, Pakistan, October 1994. Légende en français tout en bas.

Second breakdown stop. My companion, still suffering from dysentery, has to use the toilet of a nearby house. “It was so clean! I was afraid of soiling it in my condition. It was a simple hole but well cemented. I wanted to wash my hands and a woman brought me a pot with water, and another one a towel.” Outside, 5-6 young girls and women circle her. A fellow traveler, from the capital, translates. A man comes out of a house and a woman quickly motions to all to squat: he is of a high rank and nobody must be above him, certainly not women. The chatter resumes. They ask if we have cosmetics, they use them for their lips which parch quickly in the desert. “They want to offer us the hospitality if the minibus is not repaired before dusk. They’ll kill a camel.” I wish we could remain stuck.

What a difference with Lonely Planet ‘s comments on that Taftan-Quetta 600-km road: “The drivers who travel between Europe and India often describe this as the worst part of their trip. The Quetta road to the Iranian border is desolate and lonely, with practically no service, and the motor-bikers I met regretted not having put their motorbike as freight and taken the train. If you travel between Quetta and the Iranian border in your own vehicle, it is advised to travel in a convoy”.

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Peshawar, Pakistan, October 1994. Proud pastry shop owners and workers in this utterly trading city. Le fier patron et ses employés produisent les traditionnelles douceurs orientales dans cette ville hautement commerçante.

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Karimabad, Pakistan, October 1994. Two women interrupt their work to talk with foreigners. Culture légèrement plus libérale chez la secte ismaélienne du prince Karim. Légende en français tout en bas.

The “city of Karim” is the modern expansion of Baltit, the capital of the old princely state of Hunza, which faces peaks such as 7,788 meter (25,551 feet) high Rakaposhi from where they get their water, running fast along irrigation canals. Prince Karim, better known as Aga Khan IV — a personality of the international jet set and resident of Switzerland — heads the slightly more liberal Ismaili Muslim sect as well as a foundation financing social development programs in the area. On a straight line, Karimabad is less than 70 km (44 miles) from China.

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Taftan, Pakistan, October 1994. Bus ticket office on the Iranian-Pakistani border. Terminal routier sur la frontière irano-pakistanaise. Légende en français tout en bas.

The owner of the minibus had of course promised to leave “in half an hour.” The half hour has become a half day. Three big buses from the regular line have already left. We are forced to stay since, to reserve our seats, we have already paid for the 600-km ride. Who knows what the driver and his assistant are waiting for. More passengers? The minibus is already full to the hilt, its rack overflowing with merchandise, fortunately a lot made of plastic.

Our torturers are placidly waiting in the bus “office” under a poster with the word PEACE. So what? We must become philosophers, especially here, and especially with the concept of time. It’s simply a state of mind. Do we need all these achievements, these material activities to live, to understand life? Often the opposite happens. The excitation, the overworking, universally called stress, have become our way of life. And in this frantic rush towards more speed, we lose sight of the meaning of life. In his introduction to “Secret Tibet” by Fosco Maraini, U.S. art critic Bernard Berenson who lived in Florence, was saying, “There may be a vital difference between past and present. In the past we lived whatever we were doing. Now, we live not as an independent condition of deliberate activities, but only, if at all, in the interstices of action.” And that was in … 1950!

Légendes pakistanaises

PAK94-MEN1. Khyber Pass, Pakistan, octobre 1994. “Ce jour-là (ayant atteint la Khyber Pass partir de Genève), j’ai bien cru tenir quelque chose et que ma vie s’en trouverait changée. Mais rien de cette nature n’est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu’on porte en soi, devant cette espèce d’insuffisance centrale de l’âme qu’il faut bien apprendre côtoyer, combattre, et qui, paradoxalement, est peut-être notre moteur le plus sûr. Repris mon passeport paraphé, et quitté l’Afghanistan. Il m’en coûtait. Sur les deux versants du col la route est bonne. Les jours de vent d’est, bien avant le sommet, le voyageur reçoit par bouffées l’odeur mûre et brûlée du continent indien…” L’usage du monde, Nicolas Bouvier, 1963 (voyage en 1953-54)

Un soldat accompagne tout voyageur qui se risque dans le légendaire défilé rattachant le sous-continent indien à l’Occident, facilitant toutes les folies d’argent et de pouvoir, triant les violences de tous horizons, imprégnant le passant de la marque indélébile d’habitant du Monde.

PAK94-MEN3. Koh-i-Dalil, Baluchistan, Pakistan, octobre 1994. Deuxième halte-panne. Ma compagne, encore sous le coup d’une dysenterie, doit utiliser la toilette d’une maison proche. “Elle était d’une propreté! J’avais peur de la souiller dans mon état. C’était un simple trou, mais bien cimenté. Je voulais me laver les mains et une jeune fille est venue me présenter un pot d’eau, et une autre une serviette”. A l’extérieur, 5-6 jeunes filles et femmes l’entourent. Une co-voyageuse, de la capitale, traduit. Un homme sort d’une maison et une jeune fille fait rapidement signe à toutes de s’accroupir: c’est un homme de rang supérieur et personne ne peut être au-dessus de lui. Le papotage continue. Elles demandent si on a des produits de beauté, elles en utilisent pour les lèvres qui sèchent beaucoup dans le désert. “Elles veulent nous donner l’hospitalité si on ne répare pas le minibus avant le soir. Ils tueront un chameau”. Je souhaite que le minibus reste immobilisé, mais nous n’aurons pas cette chance.

Quelle différence avec les propos du guide de voyage Lonely Planet sur la route Taftan-Quetta: “Les chauffeurs qui voyagent entre l’Europe et l’Inde décrivent souvent ceci comme étant la pire partie de leur trajet. La route de Quetta la frontière iranienne est nue et solitaire, avec pratiquement aucun service, et les motocyclistes que j’ai rencontrés regrettaient de ne pas avoir mis leurs motos comme frêt et pris le train. Si vous voyagez entre Quetta et la frontière iranienne dans votre propre véhicule, il est conseillé de voyager en convoi”.

PAK94-WOM1. Karimabad, Pakistan, octobre 1994. La “ville de Karim” est l’extension moderne de Baltit, la capitale de l’ancien état princier de Hunza, flanqué de hautes montagnes comme le Rakaposhi dont les 7.788 mètres lui font face, traversée de canaux d’irrigation en terrasses. Mieux connu sous le nom d’Aga Khan IV, personnalité du jet set international, résident en Suisse où il est né et son père est mort, le prince Karim dirige la secte ismaélienne qui a l’avantage d’être un peu plus libérale pour les femmes, tandis que sa fondation finance des programmes de développement social dans la région. A vol d’oiseau, Karimabad est à moins de 70 kilomètres de la Chine. On le remarque, entre autres, aux tapis et tissus motifs chinois et texture soyeuse qui décorent les maisons. Mais ce n’est pas vers la Chine que nous nous dirigeons, du moins pas encore.

PAK94-MEN2. Taftan, Pakistan, octobre 1994. Frontière irano-pakistanaise. Bureau de la compagnie de minibus. Le propriétaire nous avait évidemment promis de partir “dans une demi-heure”. La demi-heure est devenue demi-journée. Trois gros bus de la ligne régulière sont déjà partis. Nous sommes forcés d’attendre, le prix de la course étant déposé pour réserver l’espace. Et puis? Ici, plus que partout ailleurs, il faut devenir philosophe avec le concept de temps. A-t-on besoin de toutes ces réalisations, ces activités matérielles pour vivre, pour comprendre la vie? C’est souvent le contraire qui se passe. L’excitation, le surmenage, universellement appelé stress, sont devenus notre mode de vie. Et dans cette course effrenée vers l’autel de la vitesse on perd de vue le sens de la vie. “Il y a peut-être une différence vitale entre le passé et le présent. Dans le passé on vivait peu importe ce que l’on faisait. Maintenant, on vit non pas comme une condition indépendante d’activités délibérées, mais seulement, et encore, dans les interstices de l’action.” Propos tenus en… 1950, déjà, par Bernard Berenson, amateur et critique d’art étatsunien vivant Florence, en introduction Secret Tibet de Fosco Maraini.

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